Harold Searles: L’effort pour rendre l’autre fou


Ce texte est une courte synthèse du célèbre article de Harold Searles.

 

L’effort pour rendre l’autre fou (1959), Harold Searles

 

"L’individu devient schizophrénique, en partie, à cause d’un effort continu – largement ou totalement inconscient – de la ou des personnes importantes de son entourage pour le rendre fou.

 

Les modes selon lesquels on rend l’autre fou

 De manière générale, l’instauration de toute interaction interpersonnelle qui tend à favoriser un conflit affectif chez l’autre – qui tend à agir les unes contre les autres différentes aires de la personnalité – tend à rendre l’autre fou (c’est-à-dire schizophrène).

On constate souvent  dans l’histoire des schizophrènes que l’un des parents (ou les deux) n’a cessé de faire appel à la sympathie de l’enfant et à ce qu’on pourrait appeller une intervention thérapeutique de sa part, tout en rejetant ses efforts pour aider, si bien que la sympathie sincère de l’enfant et son désir d’aider (fidélité fanatique du patient au parent) ont fini par se combiner à une culpabilité, à une rage, et peut être surtout à un sentiment d’impuissance et d’inutilité personnelles (la dénégation parentale se répétant, l’enfant n’arrivait pas à développer une épreuve de réalité adéquate). Dans ce contexte, Bateson et ses collaborateurs ont montré l’importance des injonctions parentales de nature contradictoire ou “double entrave”(double bind), dans l’étiologie de la schizophrénie.

Une autre technique, étroitement liée à celle de la stimulation-frustration, consiste à traiter l’autre à deux niveaux de relation (voir plus) n’ayant absolument aucun rapport entre eux. Cette technique tend à forcer l’autre à dissocier sa participation à l’un ou l’autre de ces niveaux: il sent, en effet, que ce serait “follement” inadéquat de réagir en fonction de ce niveau particulier puisque celui-ci semble n’avoir absolument aucun rapport avec ce qui se passe à l’autre niveau, plus conscient et plus manifeste.

Encore une autre technique, étroitement apparentée à celle qui consiste à entrer en rapport avec l’autre à deux niveaux distincts en même temps, consiste à passer brusquement d’une longueur d’onde affective à une autre, comme le font si fréquemment les parents des schizophrènes.

Chacune de ces techniques tend à saper la confiance de l’autre dans la fiabilité de ses propres réactions affectives et de sa propre perception de la réalité extérieure. Cette technique est en rapport avec d’autres domaines tels que la politique internationale si on pense aux techniques de lavage de cerveau.

Dans la vie de l’enfant qui deviendra schizophrène, le retour régulier de comportements du parent qui soumettent l’intégration à un travail d’érosion empêche que l’enfant se tourne vers d’autres personnes susceptibles de valider ses propres réactions affectives et de l’assurer contre la crainte que le parent à fait naître en lui: la crainte qu’il ne soit “fou” puisque ses réactions au parent sont si “irrationnelles”.

 

Motifs sous-jacents à l’effort pour rendre l’autre fou

 1°L’effort pour rendre l’autre fou peut consister, avant tout autre chose, en l’équivalent psychologique du meurtre; il peut, en effet, représenter essentiellement une tentative de destruction de l’autre. On touche ici au problème des “souhaits de psychose”, entièrement analogues aux “souhaits de mort”. Les patients qui se sentent coupables de “souhaits de psychose” donnent l’impression de sentir qu’ils ont été les gagnants dans la lutte avec le parent – cette lutte où chacun s’efforçait de rendre l’autre fou – et l’apparition, ensuite, de leur propre psychose semble être partiellement attribuable à la culpabilité et à la crainte de la revanche du patient, issues de cet ancien duel.

2°L’effort pour rendre l’autre fou peut être motivé par un désir d’extérioriser – et ainsi d’éliminer – la folie que l’ont sent menaçante en soi. Ainsi les familles de schizophrènes ont tendance à traiter le patient comme le “fou” de la famille, le dépositaire de toute la folie des autres membres du groupe familial. La folie du patient consiste, en une bonne part, en l’introjection d’un parent fou (en général la mère). Le patient l’aime tellement qu’il sacrifie sa propre individualité en développement à la symbiose si indispensable au fonctionnement de la personnalité de la mère.

3°On peut trouver un autre motif dans le désir de voir cesser une situation conflictuelle intolérable et pleine d’incertitude.

4°Les patients finissent par s’apercevoir, au fil des années, que tel ou tel de leurs parents était “un peu fou”. Ils avaient l’impression que les signes de la folie du parent étaient si subtils – ne se révélant que dans leur propre relation avec le parent – qu’ils étaient les seuls à pouvoir en mesurer toute l’étendue. Ainsi, l’enfant est tenté d’encourager le parent à devenir assez manifestement psychotique – tenter de pousser le parent à une folie évidente pour tous et pas seuleument pour lui: la famille et la collectivité partageront avec lui son fardeau.

5°L’un des motifs les plus puissants et les plus souvent rencontrés est le désir de trouver une âme soeur pour adoucir une solitude insupportable. Le parent précairement intégré est le type même de l’individu profondément seul qui cherche avidement quelqu’un avec qui partager ses expériences affectives intimes et sa vision déformée du monde. Ce parent est fréquamment idéalisé et il se voit souvent clivé en deux parties, l’une étant la personnification du mal et l’autre la personnification de la puissance protectrice aimante. Le patient se clive aussi en “bon soi” et “mauvais soi” ainsi que le “bon autre” et le “mauvais autre”.

6°Un mode de participation interpersonnelle qui a toutes les caractéristiques d’un effort pour rendre l’autre fou peut être motivé par un désir conscient ou inconscient d’encourager l’autre dans le sens d’une intimité plus saine, d’une meilleure intégration, à la fois interpersonnelle et intrapersonnelle. C’est-à-dire qu’ici l’effort conscient ou inconscient consiste à activer dans la personnalité de l’autre, les éléments dissociés ou refoulés afin que son moi soit submergé par l’accession de ces éléments à la conscience, mais que son moi les intègre. Ainsi, cet effort peu être très voisin d’un effort visant à faciliter l’intégration de l’autre, effort que l’on peut considérer comme l’essence même d’une relation d’amour.

7°Le motif suivant est lié au fait que la mère du schizophrène met l’enfant devant une menace: elle deviendra folle s’il devient un individu en se séparant d’elle psychologiquement. Ainsi, le désir d’individuation de l’enfant peut être vécu par lui comme un désir de rendre la mère folle. De ce fait, l’enfant est incapable de faire la distinction entre, d’une part, son propre effort d’individuation – normal et précieux – et d’autre part un désir monstrueux – auquel la mère va constament réagir – de rendre sa mère folle.

8°Le dernier motif est très souvent le plus puissant de tous. Il s’agit  d’obtenir, de perpétuer ou de retrouver les gratifications inhérentes au mode de relation symbiotique. On s’aperçoit le plus souvent que l’effort pour rendre l’autre fou, ou pour perpétuer sa folie, repose sur l’effort inconscient des deux participants pour essayer d’obtenir la gratification qu’offre un mode de relation symbiotique “fou”.

 

La relation patient-thérapeute

Avec ce type de patients, le thérapeute se voit onbligé de faire un effort particulier au cours de scéances pour maintenir sa propre santé mentale. L’effort du thérapeute provient de deux sources:

-     la nature du transfert du patient sur lui (relation du type “rendre fou-être rendu fou”).

-     Un trait de caractère du thérapeute se présentant sous la forme d’un tendance inconsciente à rendre fou l’autre quel qu’il soit, du moment que sa relation avec lui est suffisament étroite.

Ainsi, la relation patient-thérapeute se caractérise avant tout par une lutte des deux participants pour se rendre mutuellement fous."

 

Duarte Rolo

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17 réponses à Harold Searles: L’effort pour rendre l’autre fou

  1. Je trouve que Searles a très bien analysé ce qui peut rendre un enfant fou dans une famille; le même type de tendance inconsciente peut parfaitement se retrouver dans une institution soignante.
    Malheur à celui qui lève le lièvre, je ne plaisante pas. C’est pourquoi les enfants et adolescents des systèmes de santé peuvent sortir de ces lieux d’enfermement encore plus abîmés qu’ils n’y sont rentrés, si on peut résumer rapidement les choses.

  2. je trouve que c’est la meilleure explication que je n’ai jamais lue ,pourquoi est ce que la thése de la mére possessive a été abandonnée aujourd’hui ,l’exemple que je connais en ait la vérification supréme ,j’invite tous les psy de schyso à expliquer cela à leurs patients et à démystifier ces connes ravageuses ,le jour ou les schysos pourront dire merde à leurs méres elles récupéreront enfin leurs venain .

  3. Je trouve cette explication bien plus convaincante que les interprétations purement physiologiques (sciences cognitives et psychiatrie) de la skizophrénie. Ces dernières sont probablement plus rassurantes (elles opèrent un clvage net entre l’homme fou et l’homme sain), confortant ainsi le "non-fou" et reléguant loin de lui les maladies mentales (voire Foucault), mais ne me semblent pas satisfaisantes puisqu’elles ne prennent pas en compte les nuances de folie.
    Mais ce qui me semble le plus frappant dans cet article, c’est que l’on pourrait apliquer l’effort pour rendre l’autre fou aux méthodes actuelles de publicité notamment. Dans une pub pour du chocolat par exemple, le spectateur (et a fortiori l’enfant) est appelé très vivement à la consommation (les publicistes sont assez talentueux pour rendre ce désir quasiment irrépressible) et tout à la fois brimé dans ce désir ("ne mange pas trop sucré, pas trop gras,…"). On a bien là deux injonctions contradictoires qui, à la longue et parce qu’elles ne sont pas conscientes, sont je pense réellement perturbantes. Finalement, c’est peut-être aussi la société qui nous rend fous.

  4. Tout à fait d’accord,
    Je pense que l’on sous estime très fortement l’impact négatif de la publicité. Rappelons qu’un consommateur heureux ne sera pas insatisfait et ne consommera pas assez, il serait donc extrêmement contre-productif pour les publicitaire de chercher à rendre leur public heureux.
    Pour ce qui est de l’exemple des chocolats et autres gateaux, je suis à peu près sûr que ce genre d’injonctions paradoxales va produire une génération de boulimique (mais j’espère me tromper..)

  5. Ce qui est déjà le cas, les courbes d’obésité infantile sont en perpétuel croissance, la société de frustration s’autodétruit d’elle même, sans compter que ce type de frustration peut mener à des révolutions, sans même parler de rendre les gens fous ! ;)
    Je suis en pleine lecture de ce livre que je trouve passionnant !
    Si vous avez d’autre références, et pas uniquement concernant la schizophrénie, sur les divers procédé aliénant cela m’intéresserais :)

  6. Vincent Joly

    Sur ce qui est de la manipulation à l’échelle de la société cette fois, deux articles du site peuvent être intéressants:
    - The sock doctrine. Sur l’ouvrage récent de Naomi Klein : http://paradoxa1856.wordpress.com/2010/04/10/the-shock-doctrine/
    - Et une présentation vidéo d’Edward Bernays, neveu de Freud et père de la propagande, applicant la psychanalyse au marketing..
    http://paradoxa1856.wordpress.com/2008/03/07/edward-bernays-neveu-de-freud-et-pere-de-la-propagange/
    (a noter : la page rame un peu mais elle finit par se charger..)

    Sinon il y a aussi le petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens.

  7. pour info à Itsan : il y a dix ans en parallèle de ma lecture de H.Searle, je lisais de Roland Jaccard, l’Exil Interieur (paru en poche pocket je crois).
    J’ai produit un travail sur ce sujet. en croisant aussi les travaux de Devereux, et de Freud.Et un esai sur la fonction du Carnaval.
    A votre dispo.
    LoBa

  8. Bonjour
    j’ai 28 ans et cela fait un an que j’ai été diagnostiquée schizophrene. Je peux vous le dire, je reconnais largement et jamais autant qu’ici le mode d’interaction que j’ai eu depuis toujours avec mon pere et ma mere, mais surtout ma mere. C’est un desastre pour moi sur le plan relationnel avec les autres et dans la vie professionnelle (dont je suis sortie depuis la maladie).C’est un desastre dans l’affirmation de soi et la confiance en soi. Ma mere me diabolise à chaque fois que je m’exprime spontanement. Elle me reproche tout et son exact contraire.Par exemple elle "m’encourage" à voir des gens le soir de mon anniversaire comme si c’etait trop triste d’etre seule ce soir là, et lorsque je me fait de nouveaux copains elle fait à moitié la gueule, elle ironise, elle n’est contente que lorque je les critique.Pareil pour tous les copains que j’ai eu.Il n’etaient jamais assez bien voire il etaient nocifs.Tout ça "pour mon bien", parce que je merite mieux.Elle m’a meme dit une fois qu’avec l’age elle a compris qu’en etant belle et intelligente on etait malheureuse en amour, donc que c’etait normal que ça ne marche pas pour moi. Quelle salope j’ai envie de dire.Les exemple sont innombrables, et il en faudrait des pages, mais s’il faut un temoignage pour etayer la these de Searles alors voila;j’ajoute que j’ai fait plusieurs années de psycho (jusqu’en maitrise) et de therapie psychanalitique et qu’elle si opposait, alors qu’elle meme a plusieurs amis psys et s’interesse beaucoup à tout ce qui touche à la psycho new age (mais la psychanalyse bouh quelle horreur!). Enfin voilà pourquoi je me sens tres seule depuis toujours car tout le monde dans ma famille est à peu pres comme ça avec moi, pas seulement ma mere, et que tout le monde est "solidaire".De plus ma mere comme ma mon pere ont beaucoup d’amis et sont perçus comme des gens exceptionnels.
    voilà. N’hesitez pas à me contacter pour toute question à travers ce site.

  9. Bonjour,

    Je vis à Paris et je recherche un psy (conventionné) pour entamer une analyse thérapeutique. Auriez-vous des adresses à me communiquer. Merci

  10. Vincent Joly

    Bonjour,

    Malheureusement je n’ai pas d’adresse de psy conventionné, mais si vous n’avez pas trop peur des listes d’attentes ou que vous etes disponible en journée pendant la semaine vous pouvez essayer les cmp (ce sont le plus souvent des psychanalystes qui y travaillent et ils sont souvent très compétents).

    Bonne recherche :-)

  11. Searles a presque tout écrit en 1965, sans doute au cours de sa spécialisation. Les cas évoqués se retrouvent plusieurs fois à travers ses articles. Sa capacité d’accueillir l’autre et de supporter est assez exceptionnelle. Il peut faire traverser une répétition de la phase symbiotique et relever quelqu’un. Même des adultes bien ancrés dans leur état. Il est abordable aussi à la lecture et fait partie des auteurs les plus intéressants. Il ne s’abuse pas non plus dans ses références en citant Bion (intuition de raction violence imminente d’un paranoïde, désamorcée) et Winnicott assez souvent. L’approche qui était la sienne va à l’opposé de ce qui sévissait dans la psychiatrie des années 1950 aux Etat-Unis : on avait pratiqué la lobotomie et d’autres atrocités. Mais l’arsenal théorique et conceptuel, même amené en éclairage sans lourdeurs, fait l’effet d’enlever plus que d’ajouter valeur au fonds. Tout semble reposer plutôt sur un humanisme profond difficile à placer et à reproduire, mais facile à revendre (on fait bon genre avec ça sur un bureau ou sur un rayonnage). Enfin, j’aurais apprécié un bilan de sa pratique vu dans les années 1990, un regard sur ses résultats réels, ce qui manque et même quelque chose de l’évolution de ses anciens patients, ne serait-ce que par égard pour leur contribution involontaire. C’est quelque chose de regrettable qu’aucun effort n’ait été produit dans les rééditions sur ce point. On ne semble donc pas épris ni désireux de soutenir la pratique qu’il décrit. Son livre ressemble ainsi, de nos jours, à un de ces monuments de l’humanisme défunt et ses articles seraient des songes à partagés, un court moment d’illusion.

  12. Bonjour,
    Je me permets de vous laisser à tous un lien vers le site pyelosophia, car nous venons de poster une émission sur "l’enfant, le fou" : http://pyelosophia.kazeo.com/en-blablatant-avec/L-enfant-le-fou,a2550239.html. Il s’agit d’une émission de philosophie dans laquelle un invité anonyme (ici, un psychologue clinicien spécialiste en victimologie) réfléchit sur un thème donné. J’espère que cela va intéresser ! N’hésitez pas à nous laisser vos avis et vos commentaires… Pye Marlot.

  13. Praquin Dominique

    Bonjour,en réponse à Prgrokrouk
    je ne viens pas de l’univers de la santé, mais j’y rentre depuis peu par une petite porte (celle de la musicotherapie)
    je trouve très juste votre remarque à propos de l’absence de bilans et de contributions extérieures dans les réééditions de cet auteur, et d’autres aussi d’ailleurs. Ce qui fait la force d’une théorie, ce sont quand même les témoignages (positifs ou négatifs) de son application, non?
    reste qu’en effet, la personne même du thérapeute semble primordiale dans la prise en charge, mais justement, cela aussi devrait être "creusé"…et le travail d’un éditeur de ce genre d’ouvrages, c’est aussi ça,non?

  14. @ Dominique Praquin
    Pour bien prendre la mesure du travail de Harold Searles, il faut prendre la mesure de la population de malades à laquelle il est confronté. On parle ici de schizophrènes très perturbés qui sont en institution pendant des dizaines d’années. Ce que Harold Searles note comme des progrès peu parfois faire frémir, et la fréquence de ces "progrès" aussi : Searles compte facilement en nombre d’années pour des évolutions qu’on pourrait souhaiter voir se dérouler sur quelques mois.
    Par exemple : "La femme divorcée dont je parlais plus haut fit des progrès assez rapidement – comparativement aux autres patients de Chestnut Lodge – pour sembler très près de passer au statut de patient vivant à l’extérieur de l’hôpital [...] Finalement au bout de trois ans on installa la patiente dans un appartement proche de Rockville, mais presque aussitôt elle retomba dans une franche psychose et moins de vingt-quatre heures après elle avait regagné le sanatorium.[...] Ce n’est que douze ans après son admission à Chestnut Lodge qu’elle sortit, cette avec succès."

  15. (Suite…) Une des spécificités de Searles, et ce qui fait que son éclairage est intéressant en dehors de toute évaluation de son efficacité clinique, est qu’il s’est trouvé en situation avec des malades avec lesquels il ne pouvait absolument pas utiliser le ba-ba freudien.
    A nouveau il faut prendre conscience que ces patients ne savent pas qui ils sont, où est l’extérieur et l’intérieur d’eux, et si les personnes en face d’eux sont des émanations de leur esprit, des étrangers ou une autre partie de leur corps.
    Searles parle d’une femme qui, chaque fois qu’elle ressentait une nouvelle émotion, pensait qu’on l’avait tuée, et qu’on avait changé sa tête. De la même façon elle pensait qu’il existait 58000 Chestnut Lodge différents etc.
    Searles a cependant réussi à progresser avec eux – et là, à nouveau, il faut comprendre que le succès pouvait être, au bout de dix ans, simplement que le patient accepte de venir suivre sa séance dans le bureau de Searles – grâce à une analyse permanente du transfert et du contre transfert.
    Contrairement à ce qui était enseigné, il ne cherchait pas à montrer une façade sans émotion mais surtout il se servait de ce qu’il ressentait pour comprendre ce qui se déroulait avec ses patients, n’ayant pas le support d’un échange verbal logique.
    Et il enseigne que ce que ressent le praticien est tout aussi porteur d’informations que ce qu’il comprend.

  16. Nicolas Messina

    Bonjour, je pense avoir compris l’article même si je ne l’ai pas "assimilé". Comme schizophrène (stabilisé), et comme lecteur de René Girard qui ne dit rien cependant sur le sujet de la psychose à ma connaissance encore que la dernière page des "Choses cachées depuis la fondation du monde" ait été pour moi une lumière salvifique… je pense avoir été en effet le fou de la famille, celui qui est désigné comme l’origine de tous les problèmes relationnels, à un moment où cela n’était pas vrai, mais surtout le **bouc émissaire psychologique** de cette famille, père, mère mais aussi frère. Autrement dit, je me retrouve dans l’hypothèse de "l’effort pour rendre l’autre fou" cependant, a priori, il serait intéressant de simplifier l’approche en établissant des mécanismes entre le désir triangulaire, la violence mimétique et la violence émissaire, seule psychogène. J’ajoute que ma psychothérapie analytique s’est révélée très contre-productive dans la mesure où j’assimilais la personne du thérapeute à mon père. Ce thérapeute n’a pratiquemment pas parlé pendant trois ans et demi, à l’instar de mon bourreau, me laissant m’enfoncer dans l’auto-analyse et l’auto-destruction, et je pense que sans cet épisode, je n’aurais pas déclenché de délire paranoïde. Un troisième et dernier déclencheur concerne mes études supérieures : je voulais faire une école de commerce pour racheter ma honte d’exister et mon thérapeute ne m’a pas conseillé de réviser ce choix lié à cette raison, alors qu’à l’évidence j’allais dans le mur ; je le savais mais j’attendais que quelqu’un me le confirme ; au contraire mes parents désiraient fortement que je fasse cette école de commerce afin de me "redresser", pour me mettre les pieds sur terre et pour me faire entendre raison. J’ai beaucoup souffert des relations violentes, égocentriques, très émissaires également avec mes "camarades" et quand j’ai enfin obtenu ce fameux diplôme, j’étais pour ainsi dire en ruine, désireux de rien, à part de lire des livres dont l’ésotérisme m’a plongé dans mon premier délire.

    Tout cela pour suggérer que l’effort pour rendre fou est d’abord, plus simplement, un désir d’avoir raison sur des points de toute évidence faux, et que ce désir s’amplifie jusqu’au rejet collectif d’un bouc émissaire. Si j’ai pris cette place peu enviable, c’est parce que ma bonté excessive pardonnait tout à la "ligue de mes persécuteurs" pour parler comme Rousseau… Aussi il me semble que le rapprochement avec la théorie du harcèlement moral est intéressant. Sans parler de perversité ou de narcissisme, je crois que l’image du pot de terre contre le pot de fer (dans les mêmes conditions bon enfant que prêche le pot de fer dans la fable) est la meilleure.

    Qu’en pensez-vous ?

  17. Pouvez-vous remplacer mon nom par mes initiales NM ? Merci

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