Paradoxa

Sur le suicide au travail II

octobre 11, 2009 · Un commentaire

Vous pouvez consulter la première partie de cet article ici.

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Le discours du patronat

Le discours des instances patronales concernant les suicides perpétrés sur les lieux de travail privilégie les approches individualistes du suicide qui se focalisent sur les fragilités individuelles. Ainsi, la causalité est à chaque fois attribuée aux difficultés familiales et personnelles des victimes, sans jamais engager la responsabilité de l’organisation du travail dans la survenue des décompensations et actes suicidaires. De la malheureuse phrase de M.Lombard (PDG de France Télécom) à propos de la “mode des suicides”, aux discours que l’on entend quotidiennement concernant la fragilité de ceux qui se suicident, il semble qu’à chaque  fois la hiérarchie élude son implication dans les décès. Le lien entre les modes de management et les nouvelles formes d’organisation du travail et les suicides qui apparaissent sur le lieu de travail n’est jamais fait.

La question des medias

On l’a déjà dit au début de cet article, les medias ont fait une place considérable à la question de la souffrance au travail et notamment au thème du suicide au cours des derniers mois (il en était temps!). Bien entendu il est d’une importance cruciale de porter cette question au sein de l’espace public, de façon à ce que puisse s’engager le débat sur la souffrance et ses causes dans le monde du travail. Effectivement, il me semble qu’il est important de divulguer et de laisser s’affronter les diverses thèses scientifiques qui s’opposent sur la question au sein d’un espace élargi qui ne se résume pas uniquement aux milieux de spécialistes.

Néanmoins, on peut se demander s’il  n’existe pas un risque réel de provoquer, par cette médiatisation du phénomène des suicides, un effet “déclencheur” ou facilitateur, qui pourrait provoquer une nouvelle vague de suicides (au cas où il serait légitime de parler de “vague” de suicides)? Serait-on, par la divulgation et par le débat public, à l’origine de nouveaux décès (et cela sans préjuger par ailleurs de la nécessité de ce débat)?

Catégories : Psyché
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Sur le suicide au travail I

septembre 27, 2009 · 3 commentaires

La question des suicides en lien avec le travail a fait son entrée dans l’espace public à la suite des enquêtes journalistiques menées après les séries de suicides enregistrées chez Renault, Peugeot et EDF en 2007. Aujourd’hui, c’est suite aux évènements tragiques de France Télécom (23 suicides en 18 mois!) que les médias s’emparent de cette question. Il s’agit maintenant d’un fait de société qu’on ne peut ignorer, mais la question qui persiste est de savoir comment la situation dans le monde du travail c’est dégradée au point où des individus en viennent à sacrifier leurs vies?

Rapports entre suicide et travail

D’une façon générale, les suicides sur les lieux de travail apparaissent dans les pays occidentaux à partir des années 1990 (il faut néanmoins donner une place d’exception au secteur agricole, où l’on recensait déjà des suicides auparavant). L’investigation des causes du suicide est souvent semée d’obstacles nombreux et divers, liés entre autre à la nature même de l’acte suicidaire et aux affects extrêmement pénibles qu’il suscite chez l’entourage. Ainsi, il est souvent impossible de réunir des données qui permettraient d’imputer le suicide à une cause donnée, d’où la difficulté récurrente d’élucider le lien existant entre suicide et conditions de travail (ce qui conduit sans doute à une sous-estimation des suicides en lien avec le travail). Mais dans la mesure où le suicide apparaît généralement comme un acte adressé à autrui, à valeur de message, les suicides perpétrés sur le lieu de travail semblent indiquer clairement le chemin à suivre: le travail est alors convoqué dans l’analyse de l’acte suicidaire.

Trois différentes approches théoriques s’affrontent aujourd’hui sur cette question:

- la première, dite approche par le “stress”, considère que les troubles psychiques ou somatiques dont souffrent les individus sont en lien avec une faiblesse ou vulnérabilité individuelle. Leur incapacité à gérer (cope with) le stress serait à l’origine de leurs difficultés.

- la seconde approche, dite “structuraliste”, consiste à attribuer le suicide à des failles individuelles prenant leur origine dans un certain nombre de facteurs relevant du sujet (l’histoire individuelle, facteurs génétiques, etc.). Le travail n’est pas directement impliqué, mais il fonctionnerait comme un traumatisme révélateur de ces failles personnelles.

- la troisième approche, l’analyse “sociogénétique”, stipule que le travail et ses contraintes sont décisives dans la survenue de la décompensation psychopathologique et donc du suicide. L’organisation du travail a un impact majeur sur la santé et ne peut être écartée comme élément déclencheur de toute décompensation psychopathologique jusqu’à preuve du contraire.

Il nous semble impossible de défendre la vulnérabilité ou la fragilité individuelle comme causes uniques du suicide. En effet, si la cause fondamentale était de ce côté, comment pourrait-on expliquer qu’un grande nombre des individus qui se suicident aujourd’hui ne présentent aucun signe pré-pathologique et affichent même d’excellentes performances professionnelles? La clinique du suicide au travail révèle que dans la grande majorité des cas ce sont les sujets les plus zélés et les plus compétents qui finissent par se donner la mort. Ce sont les meilleurs d’entre nous qui finissent par abdiquer et ce au nom de leur travail!

C’est pourquoi je défends que l’organisation du travail doit être mise en cause dans la survenue des suicides. C’est dans la mesure où le travail joue un rôle de premier plan dans la construction de la personnalité qu’il peut devenir pathogène, lorsque certaines formes d’organisation du travail contribuent à la fragilisation des ressources psychiques des individus. C’est bien du côté des nouvelles formes d’organisation du travail (évaluation individualisée des performances, qualité totale, etc…) qu’il convient de chercher les raisons de ces suicides qui témoignent d’une dégradation profonde de la solidarité et du vivre ensemble.

(à suivre)

Duarte Rolo.

Bibliographie:

- Bègue F. et Dejours C.(2009), Suicide et Travail: que faire?, PUF, Paris.

Catégories : Discussions et débats
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Tricher n’est pas tromper

mai 20, 2009 · Laisser un commentaire

Dès que notre intérêt se porte sur la question du travail, nous ne pouvons nous empêcher de constater que les situations de travail ordinaires sont constamment marquées par des imprévus, des accidents, des pannes, etc… qui obligent les individus à faire preuve d’intelligence et de capacités d’adaptation non négligeables. Ce décalage entre les prévisions de l’organisation du travail et la réalité concrète des situations de travail a été décrit maintes fois – très particulièrement dans les travaux de l’ergonomie de langue française – et est aujourd’hui connu sous le nom de “réel du travail”. En outre, lorsque nous observons les moyens déployés par les individus pour faire face à ce réel, nous sommes obligés de constater l’existence de nombreux trucages, tricheries, bidouillages et autres ficelles de métier. Ainsi, pour mener à bout leur tâche, les agents sont parfois obligés de commettre des infractions, voire de transgresser. Ces trouvailles s’avèrent être la plupart du temps autant de contributions à un travail de qualité, conçu d’après les règles de l’art.

Néanmoins, on peut aujourd’hui trouver dans certains domaines des pratiques qui (sur un registre purement instrumental) participent à l’accomplissement de la tâche de façon efficace, mais qui restent discutables sur un plan éthique (on peut citer, par exemple, l’utilisation du mensonge commercial dans la vente). Ainsi, comme les bidouillages ou les tricheries, ces pratiques fonctionnent comme des outils de travail efficaces, mais restent désormais contestables sur un plan éthique et moral. Nous arrivons ainsi à la question que je souhaite poser dans cet exposé : quels critères nous permettent de distinguer ce qui relève du domaine de la tricherie de ce qui relève du domaine de la tromperie? Puisque la distinction entre tricherie et tromperie semble être d’une importance cruciale, nous allons puiser dans les outils théoriques de la psychodynamique du travail des éléments de réponse à cette question.

Le terme de “tricherie” a un sens particulier en psychodynamique du travail, il désigne certains écarts ou transgressions par rapport à la prescription dont le but recherché est de mener le travail à terme en tenant compte des contradictions de l’organisation du travail (Molinier, 2006).  Les tricheries sont ordinaires dans le travail mais les solutions mises en oeuvre ne sont pas toujours satisfaisantes pour le sujet lui-même, notamment lorsque la tricherie va à l’encontre du sens du travail et des valeurs qui y sont associées. Dans ce dernier cas nous parlerons dorénavant de tromperie. Ainsi, la tromperie est en contradiction avec les règles et les valeurs associées au travail, soit sur un plan technique, soit sur un plan moral et éthique. Ces règles et valeurs – définies par un collectif de travail – constituent un ensemble de règles de métier. Ces dernières ne sont pas prescrites, elles sont le produit d’une activité déontique et relèvent d’un accord entre les individus sur ce qui est juste, valide, correct ou légitime. Ainsi, elles comportent une dimension éthique : elles fixent ce qu’il est juste de faire ou ce qu’il n’est pas juste de faire. C’est par rapport à cette dimension éthique (“la visée de la vie bonne”) que les pratiques de travail vont être évaluées et que nous pourrons distinguer la tricherie – qui respecte les règles éthiques – de la tromperie, qui va à leur encontre. C’est le jugement porté par les pairs (jugement d’utilité et jugement de beauté), par le collectif de travail, qui décide quels sont les bons moyens, les moyens justes, pour mener à terme le travail.

La distinction mise en évidence entre la tricherie (telle quelle est conçue par la psychodynamique du travail) et la tromperie (telle que nous l’avons définie ici, en tant que tricherie qui va à l’encontre des règles éthiques de métier), nous amène à nous interroger sur ce dernier terme et à la possibilité de le développer en tant que concept dans le corpus théorique de la psychodynamique du travail. Dans ce cas, la notion de tromperie serait à rapprocher de celles de sale boulot et de souffrance éthique, introduites par Christophe Dejours (Dejours, 1998). Mais en abordant le problème de la distinction entre tricherie et tromperie, je souhaitais inscrire cet exposé dans un autre débat qui porte sur la question du jugement sur le travail et de sa validité (qui est-ce qui juge mon travail? d’après quels critères?). Ce point nous amène par ailleurs à nous interroger sur la question de la banalisation du mal, qui touche cette fois-ci à des enjeux politiques et philosophiques majeurs. En effet, ce qu’il importerait de comprendre dans un deuxième temps c’est dans quelle mesure est-il possible que des pratiques relevant de l’exercice du mal (la tromperie), moralement condamnables, puissent devenir des règles de métier admises et employées larga manu par des collectifs de travail composés de gens ordinaires? Comment se fait-il qu’aujourd’hui le mensonge, la duperie et la fausseté prédominent à certains endroits comme des pratiques acceptées et parfois encouragées? La question est alors de savoir quelle place accorder à la dimension éthique présente dans le travail et de quelle façon les individus remanient leur sens moral dans le rapport subjectif au travail.

Duarte Rolo.

Bibliographie:

- Dejours C., 1998, Souffrance en France, Paris, Éditions du Seuil.

- Molinier P., 2006, Les enjeux psychiques du travail, Paris, Éditions Payot & Rivages.

Catégories : Autres
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Et toi, quel est ton h-number?

avril 11, 2009 · Un commentaire

Le nouvel outil de nos brillants évaluateurs – directement importé d’Amérique – le h-number ou h-index, permet de mesurer la productivité des chercheurs et l’impact de leurs découvertes à partir du nombre de fois qu’on les cite.

Ainsi, en quantifiant le nombre de publications et de citations dans d’autres articles, on pourra attribuer à tout chercheur dans n’importe quelle partie du monde un h-number, indice chiffré qui témoignera de son importance et de sa popularité dans le monde de la recherche.

Mais, comme d’habitude, une nouvelle forme d’évaluation comprend des dangers. paradoxa en a trouvé quelques uns en ce qui concerne le h-index:

- “Si toi tu me cites et si moi je te cite, nos h-numbers respectifs augmenteront. On n’a qu’à se citer mutuellement pour avoir des h-numbers élevés.

- J’ai encore envie de prendre BHL comme cible de moquerie dans un de mes articles mais pour bien le ridiculiser il va falloir que je le cite. Son h-number va-t-il croître? Si oui je risque de contribuer fortement à sa cote de popularité…

- Je viens de trouver un nouveau mot terminé en “-isme” (par exemple, le neo-post-structuralisme) qui devient la nouvelle mode entre les chercheurs, tous doivent me citer s’ils veulent avoir l’air intelligent, je suis sur que mon h-number va explosé!!”

Et toi, quel est ton H-number?

Catégories : Déconniatrie
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Syndicat pouet-pouet : la défaite en chantant !

mars 18, 2009 · Laisser un commentaire

À la veille d’une nouvelle grande mobilisation sociale, l’équipe de paradoxa a décidé de vous présenter une des nouvelles forces contestataires, qui va sûrement rassembler sous sa bannière un grand nombre de manifestants : le Syndicat pouet-pouet!

Ils se présentent ainsi sur leur site :

“Nous sommes un groupe d’amis mobilisés le 29 janvier dernier, qui en a conclu que les grèves d’un jour ne suffisaient pas à faire craquer le pouvoir actuel, aussi solide que déterminé. Nous sommes des individus engagés contre la politique du gouvernement, qui souffrent des réformes “libéralicides”, des lois liberticides et du comportement idioticide de leur petit président. Nous sommes des citoyens, encartés ou non dans des associations, syndicats et partis politiques. Certains participent au Comité de Résistance Citoyenne ou au Conseil national de la Résistance. Nous avons des expériences multiples, des milieux sociaux différents et des âges divers… Notre point commun est de ne jamais baisser les bras. Ça tombe bien, puisque paraît-il, le printemps “sera chaud”.

Nous avons eu une idée et nous voulons vous la faire partager. Pour pousser les syndicats et les travailleurs à la reconduction de la grève, prenons le parti d’en rire ! Le 19 mars prochain, lors de la nouvelle journée de grève générale, défilons sous les bannières du “Syndicat Pouet-Pouet”, pour demander avec ironie la non-reconduction immédiate de la grève. Peut-être que l’humour sera plus efficace que le sérieux, auprès des manifestants comme des médias. Nous n’avons rien à perdre et tout à y gagner, faisons-le dans la bonne humeur, montrons que nous ne sommes pas abattus mais debout dans la rue !”

Allons manifester avec le Syndicat pouet-pouet!


Catégories : Déconniatrie
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Sarkozy et la recherche

février 10, 2009 · Laisser un commentaire

Aujourd’hui plusieurs milliers de chercheurs, enseignants et étudiants ont manifesté à travers tout le pays pour protester contre les réformes du gouvernement Sarkozy-Fillon concernant l’enseignement et la recherche.

De plus en plus la mobilisation gagne du poids, notamment à travers le net grâce à des sites comme Sauvons la recherche et Universités en lutte.

paradoxa soutien bien entendu ces initiatives dans leur volonté de combattre l’attaque destructrice de Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy contre la recherche en France.

Nous vous laissons ici la video produite par des chercheurs et devenue désormais célèbre, à la suite du discours du Président de la République.

Catégories : - Autre
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