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Sur le suicide au travail II

octobre 11, 2009 · Un commentaire

Vous pouvez consulter la première partie de cet article ici.

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Le discours du patronat

Le discours des instances patronales concernant les suicides perpétrés sur les lieux de travail privilégie les approches individualistes du suicide qui se focalisent sur les fragilités individuelles. Ainsi, la causalité est à chaque fois attribuée aux difficultés familiales et personnelles des victimes, sans jamais engager la responsabilité de l’organisation du travail dans la survenue des décompensations et actes suicidaires. De la malheureuse phrase de M.Lombard (PDG de France Télécom) à propos de la “mode des suicides”, aux discours que l’on entend quotidiennement concernant la fragilité de ceux qui se suicident, il semble qu’à chaque  fois la hiérarchie élude son implication dans les décès. Le lien entre les modes de management et les nouvelles formes d’organisation du travail et les suicides qui apparaissent sur le lieu de travail n’est jamais fait.

La question des medias

On l’a déjà dit au début de cet article, les medias ont fait une place considérable à la question de la souffrance au travail et notamment au thème du suicide au cours des derniers mois (il en était temps!). Bien entendu il est d’une importance cruciale de porter cette question au sein de l’espace public, de façon à ce que puisse s’engager le débat sur la souffrance et ses causes dans le monde du travail. Effectivement, il me semble qu’il est important de divulguer et de laisser s’affronter les diverses thèses scientifiques qui s’opposent sur la question au sein d’un espace élargi qui ne se résume pas uniquement aux milieux de spécialistes.

Néanmoins, on peut se demander s’il  n’existe pas un risque réel de provoquer, par cette médiatisation du phénomène des suicides, un effet “déclencheur” ou facilitateur, qui pourrait provoquer une nouvelle vague de suicides (au cas où il serait légitime de parler de “vague” de suicides)? Serait-on, par la divulgation et par le débat public, à l’origine de nouveaux décès (et cela sans préjuger par ailleurs de la nécessité de ce débat)?

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Donald Winnicott. La préoccupation maternelle primaire

février 17, 2009 · Laisser un commentaire

Cet article est issu d’un mémoire de fin d’étude d’éducateur spécialisé, rédigé par Alexandra Joly.

 

 

Picasso. Mere et enfant 1921-1922.

Picasso. Mere et enfant 1921-1922.

 

 

 

Donald Winnicott a abordé, dans l’ensemble de ses ouvrages, le thème de l’interaction entre l’individu et l’environnement, principalement avec sa mère.

Dans Le bébé et sa mère[1], D. Winnicott attribue une grande importance à la mère et sa fonction maternante. Il explique les processus qui interviennent au début de la vie du nourrisson et souligne l’unité qui lie le bébé à sa mère dans les premiers mois de sa vie. Le bébé a le sentiment de ne faire qu’un avec sa mère.
La mère a des compétences innées et développe une intuition concernant les besoins et les désirs de son enfant. L’essentiel des pensées maternelles va au confort du nouveau-né. C’est ce que l’auteur appelle « la préoccupation maternelle primaire ». Il s’agit pour la maman de s’adapter à la vie avec un enfant et d’adapter celui-ci au monde nouveau qu’il découvre à travers elle.
Dans leur relation duelle, un processus se met en place : la mère s’identifie à son enfant (en restant adulte) et le bébé s’identifie à sa mère. C’est ce que l’auteur nomme : l’identification primaire. Pour l’auteur, c’est lors de ce moment que tout commence, et que le mot être (ou exister) prend sens.

La mère a également un rôle fondamental concernant l’existence psychosomatique de son bébé. En effet, il ne peut se développer correctement sans la présence d’un être humain qui participe au Holding et au Handling :
- le Holding ; qui est l’art de porter physiquement et psychiquement le bébé.
- le Handling ; qui est la manière d’être concrètement en contact avec le bébé, dans les soins très fin du maternage.
– l’Object Présenting ; renvoi à la manière dont la mère propose le monde à l’enfant. C’est la capacité de la mère à mettre à disposition de l’enfant l’objet, pour lui permettre d’avoir l’impression de l’avoir crée.

D. Winnicott ajoute « si on part du principe que la mère est en bonne santé psychique (et que tout se passe bien) elle établit aussi les bases de la force de caractère et de la richesse de la personnalité [2] »

Par la suite, l’enfant pourra progressivement ressentir et affirmer son autonomie, grâce aux processus de maturation dont il a hérité.
La relation privilégiée que le bébé a avec sa mère est donc fondamentale pour son bon développement et processus de maturation.
L’auteur précise que, même s’il concentre essentiellement son discours sur les bébés et la manière dont les mères s’en occupent, cela n’exclue pas les enfants un peu plus âgés. Ils n’auront pas besoin des soins d’un nouveau-né mais parfois, l’enfant plus grand, redevient bébé pendant quelques minutes ou quelques heures. Par exemple, un enfant tombe, sous le choc il se met à pleurer et se dirige vers sa mère. Celle-ci le prend instinctivement dans ses bras, de façon calme et vivante à la fois, pour le consoler. Puis, une fois les larmes séchées, l’enfant découvre sa mère, qui par la suite le pose à terre tout naturellement.
Cet exemple illustre le fait que l’enfant, même plus âgé, aura toujours besoin de soins et d’attention que l’on retrouve dans la relation primaire, pour qu’il puisse se sentir en sécurité et continuer à avancer.

Alexandra Joly

1. D. Winnicott, Le bébé et sa mère, Payo, 1992
2. Ibid, p 45

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Les pathologies du groupe : la perversité.

novembre 27, 2008 · Un commentaire

« Ecrire sur le pervers narcissique et considérer

cette forme de perversion indissociable des groupes

où elle se manifeste nous a paru exiger une écriture

qui soit autre que celle d’un sujet singulier[1] »

 

  

 

 

Depuis le dernier quart du XXe siècle, l’étude des fonctionnements groupaux renouvelle la clinique. C’est ainsi le cas de la notion de perversion narcissique dont la relecture contemporaine doit beaucoup à la réflexion sur les groupes. En effet, la perversion narcissique est aujourd’hui définie comme une pathologie du lien. Toutefois, comme nous le verrons, ce champ d’investigation nouveau nous force à nous interroger sur les fondements du discours psychanalytique. La perversion narcissique impose de penser la pathologie autrement, à travers la question du lien et l’étude de la groupalité, mais également – et ce sera ici notre propos – de la dire autrement.

 

En préambule, il convient de distinguer la perversité (narcissique) et la peversion (sexuelle), car ces deux notions ne s’inscrivent pas dans les mêmes paradigmes. Pour le dire en quelques mots, la perversion renvoie au modèle freudien et s’interprète en référence à la seconde topique quant la perversité narcissique renvoie aux réflexions sur les problématiques narcissico-objectales[2]. La psychanalyse que J.P.Vidal nomme « orthodoxe » refuse de parler de perversion narcissique ou de perversion morale notamment parce qu’elle estime que la réflexion sur la perversité excède le champ de la psychanalyse[3]. Ainsi l’article de J.P. Vidal (« De la perversion narcissique », de Jean-Pierre Vidal, in Edith Lecourt, Modernité du groupe dans clinique) prend position au sein d’un débat ouvert depuis maintenant plusieurs dizaines d’années sur le statut de la perversion narcissique. Comme nous allons le voir, il ouvre une réflexion sur la spécificité de la perversité mais également sur la manière d’écrire ce trouble, car peut-on parler d’une pathologie de l’interpsychique avec les mots décrivant les pathologies de l’intrapsychique ?

Nous étudierons tout d’abord ce que J.P. Vidal dit de la perversité puis nous étudierons le sens de ses choix d’écriture.

 

"Ecriture", toile de J.Handzisch 

 

Pour commencer, J.P. Vidal relève la nouveauté de la notion de perversité narcissique. Après avoir souligné le peu de place qui est fait dans la psychanalyse traditionnelle à la notion de perversion narcissique il en constate la valeur pratique. Selon lui, « ce concept si discutable sur le plan théorique, s’avère cliniquement très fécond » (p.71), notamment en ce qui concerne l’étude des groupes et des familles. J.P.Vidal souligne dès l’ouverture de son article combien la notion de perversion doit aux nouvelles formes de thérapies. En effet, la perversion ne se rencontre pas ou presque dans les cabinets de psychanalyse. Selon lui, « son expression apparaît dans le champs social ; le groupe s’avère le lieu privilégié où se déploient les attaques perverses et fait désormais partie de l’expérience banale du “psychanalyste sans divan” » (P.73).

            Après avoir décrit l’horizon pratique et théorique dans lequel s’inscrit la notion de perversion, J.P.Vidal s’interroge : « Qu’est-ce que la perversion narcissique ? ». La formule de la question annonce déjà le contenu de sa réponse. Il ne s’agit pas tant pour l’auteur de donner une définition de la perversion que de fournir les éléments d’une description de cette pathologie. Elle se caractérise notamment par « le besoin et le plaisir prévalents de se faire valoir soi-même aux dépends d’autrui » (p.74). J.P. Vidal souligne toutefois que la notion de perversion, plus qu’un trouble spécifique, désigne un éventail de comportements. Reprenant les propos de Racamier, il écrit : « il va de soi que divers plans ou divers échelons sont à distinguer au sein de la perversion narcissique » (p.75). Et l’auteur de décrire la multiplicité des formes prises par la perversité, du « moment » pervers à la « folie narcissique » (p.76).

Ensuite, J.P. Vidal souligne qu’une des caractéristiques principales de la perversion narcissique est sa dimension relationnelle ou groupale. Comme il l’écrit, « ce qu’on nomme le pervers narcissique nous inscrit d’emblée, selon Racamier, dans une topique interactive ».

L’auteur va alors, dans une réflexion qui se construit par glissements de sens, développer la notion de « noyautage » pervers. Citant Racamier, il écrit : « le noyau est avant tout un mode de fonctionnement entre les personnes au sein d’une famille ou d’un groupe » (p.79). Vidal décrit alors comment le pervers ne peut exister que grâce à la participation inconsciente d’autres membres d’un groupe ou d’une famille. Selon lui, «  pas de pervers narcissique sans associé » (p.82).

            Les dernières pages de l’article de J.P.Vidal témoignent d’un  déport et d’un élargissement de sa réflexion conduisant à une interrogation sur la modernité de la perversité et sur les fondements sociaux et philosophiques de son existence. J.P. Vidal commence par s’interroger sur les évolutions sociétales ayant conduit à la multiplication des comportements pervers dans nos sociétés. Reprenant la réflexion d’Hirigoyen il écrit : « le contexte socioculturel actuel permet à la perversion de se développer parce qu’elle y est tolérée ». Ainsi l’expression de la perversion a quelque chose à voir avec l’évolution des formes de travail et des contraintes économiques. Reprenant les propos de C.Dejours, il fait l’hypothèse que « depuis 1980 [..] toute la société […] se serait transformée qualitativement, au point de ne plus avoir les mêmes réactions que naguère » (p.85). L’évolution des formes de travail et des pratiques manageriales ont conduit à l’atténuation des réactions sociales à la souffrance. Cette évolution peut être pensée comme le terreau des manifestations perverses.

A la fin de l’article, un changement s’opère dans le choix des « voix » (pour reprendre le terme de J.P.Vidal[4]) que l’auteur convoque pour construire son propos. Précédemment, les citations renvoyaient préférentiellement au champ de la psychanalyse. A présent, l’auteur étaye son propos sur les réflexions de philosophes, d’historiens et de sociologues[5]. Le discours sur la perversion vient aussi effleurer une réflexion éthique et philosophique sur la morale et sur les fondements de notre vivre ensemble. J.P. Vidal explique, par exemple, que « l’idéologisation de la Raison consiste à faire de celle-ci le seul guide des actions humaines, ce qui revient à soumettre ses choix aux règles de l’arithmétique[…]. C’est le point de vue « conséquentialiste » (la fin justifie les moyens) ou celui de la « théorie du choix rationnel » (p.90). Comme on le voit, dans cette citation, l’auteur prend position dans un débat philosophique opposant la pensée d’un Machiavel, par exemple, et celle d’un Immanuel Kant.

Le glissement de sens opéré par J.P.Vidal nécessite alors que soit reposée la question qu’il avait formulée en débutant son article : la psychanalyse peut-elle tenir un discours sur la « perversion morale » qui soit encore un discours analytique ? En effet, pour Chemana, « les efforts de certains auteurs pour élaborer un tableau exhaustif d’un “sujet pervers” sont peu convaincants voire analytiquement discutables »[6]. La question est alors celle de la légitimité du discours portant sur la perversion narcissique. A-t-on le droit de figer des éléments d’une pensée morale dans un discours qui est celui du savoir (en ce sens que le discours psychanalytique est un discours de savoir) ? Si oui, quel sujet peut tenir ce discours sans qu’il s’apparente à un discours fort, à une justification théorique d’un choix éthique personnel ? Cette difficulté pose la question du « je » énonçant la parole morale, de l’origine du discours.

 

 

 

 

Une étude de la forme du texte et du sens que l’on peut lui donner permet, nous semble-t-il, de répondre, pour une part, à cette difficulté. C’est en effet, le choix de J.P.Vidal que de souligner la spécificité formelle de son article. Il commence ainsi son article en soulignant « qu’écrire sur le pervers narcissique et considérer cette forme de perversion indissociable des groupes où elle se manifeste [lui] a paru exiger une écriture qui soit autre que celle d’un sujet singulier ». Il convient, nous semble-t-il, d’étudier cette écriture autre pour comprendre la cohérence du propos de J.P. Vidal.

 

Dans son article, J.P.Vidal cite et juxtapose à de nombreuses reprises les propos des auteurs sans les introduire par une phrase (page 80 par exemple). Les pensées des différents auteurs sont alors juxtaposées sans qu’elles s’intègrent dans le discours de l’énonciateur. J.P. Vidal parle dans son incipit de « maillage polyphonique », d’ « exposé à plusieurs voix » pour définir son article. Il nous semble que l’on peut interpréter le recours à ce procédé comme un moyen de dépasser les difficultés que nous avons soulevées précédemment. En effet, le recours à une juxtaposition de citations a été étudié par les critiques littéraires de la seconde moitié du XXe siècle[7]. Ils ont montré que ce recours permettait de laisser une plus grande liberté au lecteur, l’auteur s’effaçant pour laisser l’interprétation de son texte à celui-ci. Le lecteur recompose alors l’intertexte qui lui est offert par le scripteur[8] en pensant les liens pouvant unir le tissu de citation qui lui est offert. Ce procédé prend tout son sens dans cet article. En effet, la réflexion sur la perversion narcissique n’aboutit pas à une vérité assénée par un auteur mais à une pensée co-construite par le lecteur et l’auteur. Ainsi la prise de position morale qui sous-tend le discours de J.P.Vidal n’est pas affirmée par un énonciateur omnipotent mais acceptée, choisie , pensée, construite par chacun des lecteurs. Par exemple, lorsque J.P.Vidal cite les différents philosophes c’est telle pensée plutôt que telle autre qui me saisit. Un lecteur va par exemple être frappé par la réflexion de Deleuze sur l’altruicisme en délaissant les pensées rousseauistes sur la nature de l’homme. L’auteur de l’article lui laisse le choix des soubassements philosophiques me permettant de penser la perversion narcissique car ses citations ne sont pas assujetties à un argumentaire. Elles sont données presque telles quelles comme les éléments d’un patchwork.

Ainsi, la question du lien permet d’expliquer pourquoi la perversion narcissique, pathologie du groupe, a nécessité une autre forme d’écriture. En effet, au lien détruit par le pervers répond comme en échos le lien construit par le lecteur[9].

Seconde spécificité formelle qui nous semble important de relever, J.P.Vidal montre la perversion à travers des énumérations d’adjectifs plus qu’il ne la fige dans une définition. Il constate, ainsi, l’existence de pervers « que Racamier qualifie de pervers « invétéré », « accompli », « forcené », « authentique », « abouti », « proprement dit », « par vocation » » (p.75). Comme on le voit dans cet exemple, l’auteur ne donne pas une définition précise de la perversion narcissique : il l’approche à travers une série de termes qui ne semblent jamais suffisants pour décrire cette pathologie, comme si sa singularité ne se trouvait pas dans un seul de ces mots mais en un point qui les relierait tous. Cette volonté de ne pas figer la perversion narcissique s’explique par la spécificité de cette pathologie. En effet, comme nous l’avons vu, il s’agit d’une notion qui fait et doit faire question car elle excède le champ de la psychanalyse. Il y a quelque chose dans sa définition qui touche à la question du lien, du vivre ensemble et de la morale et qui excède le discours psychanalytique. Ce surplus, qui ne saurait être réduit par les mots de la psychanalyse, empêche le discours de se fixer sur une définition et remet sans cesse en mouvement la chaîne de signifiants ; de là la forme si particulière de l’écriture de J.P.Vidal.

 

 

Pour conclure, en réinterrogeant la clinique, l’étude du groupe interroge plus généralement le discours psychanalytique. Dans cet article, la réflexion sur la perversion narcissique pose la question de l’origine du discours analytique. Il apparaît que pour J.P. Vidal un discours ne peut être tenu sur la perversion narcissique que s’il est offert au lecteur. C’est à ce dernier qu’est laissé le soin de tisser les liens entre les voix des auteurs qui dialoguent dans le texte et entre les éléments d’une définition jamais fixée. En ce sens, les choix d’écriture de J.P.Vidal témoignent « d’une pensée vivante ayant échappé à ce qui spécifie la prédation essentielle de la « pensée perverse » : détruire tout ce qui fait lien, empêcher de penser, laisser sans voix » (p.70). Ainsi, dans l’écriture de J.P.Viadal, les liens qui permettent de penser cette pathologie en groupe ne sont-ils pas déjà tissés mais font appel à la sagacité du lecteur. La réflexion sur la perversion narcissique est alors le produit de ce groupe a minima qu’est le couple auteur/lecteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] J.P. Vidal, « De la perversion narcissique », in Edith Lecourt, Modernité du groupe dans clinique psychanalytique, Erès, 2007, p.69.

[2] On peut citer notamment les noms d’O.Kernberg, aux Etats-Unis, qui le premier distingua les pathologies limites des pathologies narcissiques auxquelles appartient la perversion narcissique (O.Kerneberg, La Personnalité narcissique (1975), Dunod, 1997). En France, on pense aux travaux d’A.Green et plus récemment de P.-C. Racamier (« De la perversion narcissique » (1985), Gruppo, 3, 1987, p.11-27).

[3] J.P. Vidal souligne que « la psychanalyse que l’on pourrait qualifier d’ »orthodoxe » ( ?) répugne à reconnaître l’existence d’une perversion qualifiée de « narcissique » qui relèverait plus d’une perversité morale que d’une perversion de la sexualité » (p. 71).

[4] J.P. Vidal parle d’ « exposé à plusieurs voix » pour définir son article.

[5] On relèvera notamment les noms de Rousseau, Deleuze, Fukuyama, Finkielkraut, Simone Weil, Primo Levi et Koestler.

[6] Chemana cité par J.P. Vidal (p.71) : Chemana, R., Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse, 1993, p.202.

[7] Voir à ce propos : Compagnon, A., La Seconde main, ou le travail de la citation, Seuil, 1979.

[8] La notion de scripteur (simple écrivant) qui s’oppose à la notion d’auteur(père d’une œuvre et d’une pensée) a été développée par U.Eco (cf. Eco, U., Lector in fabula, le rôle du lecteur ou la coopération interprétative dans les textes narratifs, Grasset, 1985).

[9] Comme l’écrit J.P.Vidal, « ce maillage témoigne […] d’une pensée vivante ayant échappé à ce qui spécifie la prédation essentielle de la « pensée perverse » : détruire tout ce qui fait lien, empêcher de penser, laisser sans voix » (p.70).


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Georges Politzer et les fondements de la psychologie

septembre 30, 2008 · Laisser un commentaire

Georges Politzer, né en 1903 en Hongrie et émigré en France à l’âge de 17 ans, a été non seulement un des critiques les plus redoutés du capitalisme de son époque comme l’auteur d’une tentative audacieuse de refondation de la psychologie en tant que science, pour la sortir de son ère “mythologique et préscientifique”. Ainsi, il cherche à poser les bases d’une véritable psychologie matérialiste, s’appuyant sur l’oeuvre de Marx et Engels. Il appèlera cette nouvelle discipline la psychologie concrète, science qui constitue comme son objet le drame. En instaurant les évènements de la vie humaine comme l’objet d’étude de la psychologie, il souhaite dépasser l’âge préscientifique de celle-ci, idéaliste et abstraite, sans pour autant la réduire à un simple organiciscme. Par ailleurs, Politzer récusera l’hypothèse de l’inconscient sans pour autant afirmer l’exclusivité de la conscience.

Sa tentative de refonder la psychologie ne put aboutir à cause d’insuffisances méthodologiques, mais ses ouvrages restent d’une importance cruciale pour penser l’objet et la méthode de la psychologie dans le champ des sciences humaines.

Politzer meurt fusillé par les Allemands en 1942.

Je vous laisse ici quelques citations issues d’un de ses ouvrages majeurs, Les Fondements de la Psychologie:

“(…) Nous nous sentons entourés de personnes et non de structures physicochimiques, et ce n’est que grâce à un effort d’abstraction, que je puis voir dans mes amis par exemple, des collections de planches d’anatomie. Cette vie humaine constitue (pour la désigner d’un terme commode dont nous retenons que la signification scénique) un drame.

Il est inconstestable que c’est dans le drame que nous place d’abord notre expérience quotidienne. Les évènements qui nous arrivent sont des évènements dramatiques; nous jouons tel ou tel “rôle”, etc. La vision que nous avons de nous mêmes est une vision dramatique: nous nous savons avoir été l’acteur ou le témoin de telles ou telles scènes ou actions;”

“(…)la psychologie est idéaliste alors qu’elle devrait être matérialiste, ou, si l’on aime mieux, que ce sont les idéalistes qui voudraient faire oeuvre de matérialisme: la psychologie ne saurait devenir une science qu’en renonçant à l’idéalisme, alors que les psychologues actuels sont incapables d’y renoncer.

(…)Il en est ainsi naturellement parce que les psychologues sont liés par leurs origines, comme par leurs traditions, par toute leur activité publique, privée et personnelle à l’idéologie bourgeoise. Voilà pourquoi ils n’aperçoivent que ces formes du matérialisme qui étant incomplètes, sont officiellement autorisées: le matérialisme de la physiologie et de la médecine.”

Duarte Rolo

Références:

- Politzer G., Les Fondements de la Psychologie, Éditions Sociales.

- Molinier P., Les Enjeux Psychiques du Travail, Payot.

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Bion: une théorie de la pensée. “appareil pour penser les pensées”.

juin 16, 2008 · 2 commentaires

Voici une présentation du concept d’appareil pour penser les pensées développé par W.Bion. Il s’agit d’un concept central dans sa théorie mais qui reste difficile à appréhender.

 

Une théorie de la pensée: “appareil pour penser les pensées”. Modèle contenant-contenu et interaction dynamique entre les positions paranoïde-schizoïde et dépressive


2.1.Transformation et frustration

Selon Bion, les pensées prééxistent la capacité de penser. Au départ elles sont uniquement des impressions sensorielles ou vivances émotionnelles très primitives (“protopensées”). Dans le mot pensée Bion inclut les préconceptions, les conceptions, les pensées et les concepts.
Une préconception (expectative innée du sein) se conjugue avec une réalisation (expérience réelle du sein) et de cette rencontre naît la conception. Lorsque la préconception rencontre une frustration ou non-réalisation, cet épisode peut être à l’origine de la pensée proprement dite. Face à la frustration, la personnalité peut se soustraire par l’expulsion d’éléments beta ou la modifier, en produisant des éléments alpha et des pensées. La capacité de penser dépendra alors de la capacité de l’enfant à tolérer la frustration. Dans le càs où l’enfant résiste à la frustration, l’expérience de non-sein devient une pensée et alors se développe un appareil pour penser les pensées.
Selon Bion, tous les objets nécessaires sont des mauvais objets, puisqu’on en dépend.

2.2.Modèle contenant-contenu
La mère ne dispense pas uniquement l’aliment, elle sert également de contenant pour tous les sentiments de déplaisir du nourrisson. Elle fonctionne comme un contenant des sensations du nourrisson et par sa maturité psychique, elle fait que la faim devienne satisfaction, la souffrance plaisir, la sollitude une compagnie et la peur de mourrir tranquilité. Cette capacité de la mère à acceuillir les projections du bébé Bion l’appelle capacité de rêverie.

2.3. Le penser

Le penser désigne deux processus différents: il y a un “penser” qui engendre les pensées et un autre “penser” qui consiste à employer les pensées épistémologiquement prééxistantes. Pour que les deux fonctionnent il faut un appareil à penser les pensées.
Deux mécanismes entrent en jeu dans la formation de cet appareil:
- une relation dynamique entre quelque chose qu’on projette, un contenu ♂ et un objet qui le contient, le contenant♀.
- Une relation dynamique entre les positions paranoïde-schizoïde et dépressive (PS <=> D).

Ainsi, pour Bion, le développement des pensées dépend de facteurs innés (capacité ou non de supporter la frustration) et de facteurs de l’entourage (capacité de réverie de la mère).

Duarte Rolo

Références:

- Introduction aux idées psychanalytiques de Bion, Grinberg L., Sor D., Tabak de Bianchedi E.

Les autres articles sur Wilfred Bion:

1. Présentation de la pensée de Bion : la place de l’autre.

2. Bion : une théorie de la pensée. “appareil pour penser les pensées”.

3. La symbolisation : Bion, Winnicott, Rousillon.

 

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Le Moi-Peau, Didier Anzieu

mai 25, 2008 · 10 commentaires

Cet article est une synthèse de l’article original de 1974 de Didier Anzieu.

Didier Anzieu va s’inspirer de plusieurs sources de données pour élaborer le concept de Moi-Peau.
Premièrement il puisera dans les données de l’étologie issues des travaux de Lorenz sur l’empreinte et surtout des expériences de Harlow sur les petis singes concernant la nécessité de contact avec d’autres êtres de la même espèce.
Deuxièmement il s’inspirera des travaux de pédiatres comme Bowlby, Spitz et Winnicott. Bowlby va postuler l’existence d’une pulsion d’attachement, pulsion primaire indépendante de la séxualité. Le but de l’attachement est une forme d’homéostasie, l’objectif étant pour l’enfant de maintenir une distance à la mère qui la laisse acessible. Winnicott développe lui le concept de phénomène transitionnel ainsi que l’importance du contact avec la mère au travers du holding, du handling et de l’object presenting pour l’intégration du moi. Spitz travaille à son tour sur le phénomène de l’hospitalisme, syndrôme dû à des carences de soins affectifs.
Enfin, les données issues des tests projectifs, notament les travaux de Cleveland et Fisher qui isolent deux variables nouvelles dans le Rorschach, celles d’Enveloppe et celle de Pénétration, vont également contribuer à la naissance du concept de Moi-Peau.

1.Origine du Moi-Peau
Anzieu va introduire le corps comme dimension vitale de la réalité humaine, comme ce sur quoi s’étayent les fonctions psychiques. Ainsi, le moi s’étaye sur un moi-corporel, le Moi-peau.
Le tout petit reçoit les gestes maternels tout d’abord comme excitation puis comme communication (“le massage devient un message”). C’est à travers les soins corporels et les communications préverbales précoces que l’enfant va commencer à différencier une surface comportant une face interne et une face externe, permettant la distinction entre le dedans et le dehors et un volume ambiant dans lequel il se sent baigné, surface et volume qui lui apportent l’expérience d’un contenant. Ce qui relie toutes les parties du corps est un tout unificateur, la peau = container théorisé par Bion.

2.Le concept et les fonctions du Moi-Peau
Le Moi-Peau désigne une figuration dont le moi de l’enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme moi à partir de son expérience de la surface du corps. L’instauration du moi-peau répond à un besoin d’une enveloppe narcissique et assure à l’appareil psychique la certitude et la constance d’un bien être de base.
Le moi-peau trouve son étayage sur trois fonctions de la peau:
- c’est le sac qui retient à l’intérieur le bon et le plein de l’allaitement
- c’est la surface qui marque la limite avec le dehors et contient celui-ci à l’extérieur
- c’est un lieu et un moyen d’échange primaire avec autrui.

Le moi hérite de cette origine épidermique et proprioceptive la double possibilité d’établir des barrières et de filtrer les échanges.

Ce concept de Moi-Peau sera accueilli avec enthousiasme à cette époque, et il s’est avéré comme une des notions les plus fertiles en psychanalyse pendant plusieurs années après sa création.

Duarte Rolo

 

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