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Quand D.Winnicott voulait tuer le comportementalisme

Voici une lettre adressée par D.W. Winnicott au directeur de la revue Child Care News à propos d’un article de Carole Holder faisant l’éloge du comportementalisme publié en 1969 et malheureusement introuvable.

Pour ne pas influencer votre lecture, je me contenterai de publier cette lettre telle quelle et vous ferai part de mes impressions à sa lecture dans les commentaires.

" Cher Monsieur,

Il est certain que l’on pourrait faire un commentaire élogieux de l’article que Carole Holder consacre a la Thérapie Comportementale dans le Child Care News de mai 1969, n° 86. Pour cela, cependant, il faudrait être dans un monde différent de celui dans lequel à la fois je vis et je travaille. Il est important pour moi d’avoir l’occasion de faire savoir à mes nombreux collègues travailleurs sociaux que je désire tuer cet article et sa tendance. J’aimerais en dire plus et, en tout cas, commencer par dire pourquoi je veux les tuer.

Ce pourrait être une bonne chose que de lire les déclarations de cet article aux travailleurs sociaux qui, par autosélection, sélection et formation, ont une pratique de cas. A coup sûr, il est bon que l’on vous remette en mémoire que les systèmes locaux de principes moraux ne sont pas seulement enseignés par l’ exemple, mais aussi par des tapes sur le derrière et des punitions. En fait, il est peu probable que nous puissions oublier ce fait fondamental, puisque une grande part de notre travail s’est édifiée a partir de l’ échec de la thérapie comportementale telle qu’elle se pratique à la maison et dans les institutions.

Je revendique le droit de protester. J’ai gagné ce droit du fait que je n’ai jamais accepté le mot maladjusted qui, dans les années 1920, a traversé l’AtIantique dans les bagages de la “Guidance infantile” et nous a été vendu en même temps. Un enfant mal adapté est un enfant, garçon ou fille, aux besoins de qui quelqu’un n’a pas su s’adapter à tel stade important de son développement.

Imaginez des travailleurs sociaux dans un groupe d’études réfléchissant avec les principes de la thérapie comportementale. Un tel groupe ne tarderait pas a être, par sélection et autosélection, rempli par des gens qui, de façon naturelle, adoptent la disposition d’esprit de la thérapie comportementale. La formation ne ferait qu’accentuer les sillons et les arêtes des structures de la personnalité déjà à l’œuvre dans les mœurs comportementalistes.

Ce serait vraiment une bataille perdue, parce que ces gens dont je parle avec les mots de sillons et d’arêtes ne sauront pas qu’il existe une autre sorte de travail social, un travail orienté pour faciliter les processus du développement ; ils ne sauront pas que contenir tensions et pressions des personnes et des groupes comporte une valeur positive, de même que laisser le temps agir dans la guérison ; ils ne sauront pas que la vie est réellement difficile et que seul compte le combat personnel, et que, pour l’individu, il n’y a que cela qui soit précieux.

L’article de Carole Holder met en lumière qu’il est possible de considérer la vie avec la plus extrême naïveté. Le probleme est que cette surprenante sursimplification doit séduire les gens dont on a besoin pour financer le travail social. Rien de plus facile que de vendre la thérapie comportementale aux membres d’un comité qui, à son tour, la revendra aux membres des conseils municipaux dont les talents s’exercent dans d’autres champs. On n’est jamais à court de gens qui affirment avoir tiré profit des principes moraux que leurs pères leur ont imposés en famille, ou tiré profit du fait qu’à l’école un professeur sévère rendait cuisants la paresse ou un larcin. C’est à cela que les gens croient pour commencer.

Il faut malheureusement, de près ou de loin, parler ici des médecins et des infirmières, car leur travail aussi repose sur une sursimplification fondamentale : la maladie est déjà présente, leur travail est de l’éliminer. Mais la nature humaine n’est pas comme l’anatomie et la physiologie, bien qu’elle en dépende, et les médecins, là encore par autosélection, sélection et formation, ne sont pas faits pour la tâche du travailleur social, à savoir reconnaître l’existence du conflit humain, le contenir, y croire et le souffrir, ce qui veut dire tolérer les symptômes qui portent la marque d’une profonde détresse. Les travailleurs sociaux ont besoin de considérer sans cesse la philosophie de leur travail ; ils ont besoin de savoir quand ils doivent se battre pour être autorisés a faire les choses difficiles (et être payés pour ça) et non les choses faciles ; ils doivent trouver un soutien là où on peut en trouver, et ne pas en attendre de l’administration ni des contribuables, ni plus généralement des figures parentales. En fait, dans ce cadre loca1isé, les travailleurs sociaux doivent être eux-mêmes les figures parentales, sûrs de leur propre attitude même quand ils ne sont pas soutenus, et souvent dans la position curieuse de devoir réclamer le droit d’être épuisés par I’exercice de leurs tâches, plutôt que d’être séduits par la voie, facile, de se mettre au service de la conformité.

Car La Thérapie Comportementale (avec des majuscules pour en faire une Chose qui peut être tuée) est une porte de sortie commode. Il faut juste s’accorder sur des principes moraux. Quand on suce son pouce, on est méchant ; quand on mouille son lit, on est méchant ; quand on met du désordre, quand on vole, qu’on casse un carreau, on est méchant C’est méchant de mettre les parents au défi, de critiquer les règlements de l’école, de voir les défauts des cursus universitaires, de haïr la perspective d’une vie qui tourne comme une courroie de transmission. C’est méchant de rechigner devant une vie réglée par des ordinateurs. Chacun est libre d’établir sa propre liste de “ bon ” et “ méchant ” ou “ mauvais ” ; et une volée de comportementalistes partageant plus ou moins des systèmes moraux identiques est libre de se rassembler et de mettre en place des cures de symptômes.

Il y aura des ratages, mais il y aura quantité de succès et d’enfants qui iront disant : “ Je suis si joyeux de ne plus mouiller mon lit grâce à MIle Holder ”, ou grâce a un appareil électrique ou a un “conditionneur” quelconque. Le thérapeute n’aura besoin de rien d’autre que d’exploiter le fait que les êtres humains sont une espèce animale dotée d’une neurophysiologie à l’instar des rats et des grenouilles. Ce qu’on laisse pour compte, là, c’est que les êtres humains, même ceux dont la teneur en intelligence est plutôt basse, ne sont pas simplement des animaux. Ils ont pas mal de choses dont les animaux sont dépourvus. Personnellement, je considérerais que la Thérapie Comportementale est une insulte même pour les grands singes, et même pour les chats.

Il est triste de penser qu’il n’y a pas suffisamment de travailleurs sociaux, et qu’il n’y en aura jamais suffisamment. Il est infiniment plus triste de penser que le dernier paragraphe de l’article de Mlle Holder pourrait bien être utilisé par les responsables des Institutions d’enfants pour justifier la transmission, à qui officie en pédiatrie, de ce “ procédé économique et raisonnable ” qui doit rendre gentils les méchants clients.

Il est clair que je suis en train de m’exercer a faire marcher un conditionneur : je veux tuer la Thérapie Comportementale par le ridicule. Sa naïveté devrait faire l’affaire. Sinon, il faudra la guerre, et la guerre sera politique, comme entre une dictature et la démocratie.

Votre très fidèle,

D. W. WINNICOTT"

Lettre de juin 1969 adressée par D.W.Winnicott, au rédacteur de Child Care News, parue dans D. W. Winnicott. Psycho-Analytic Explorations, Londres. Kamac, 1989, pp. 125-128.

Critiques du comportementalisme

Les critiques adressées au behaviorisme sont multiples et issues de différents courants de la psychologie et des sciences humaines. En faire l’inventaire serait une véritable gageure. En effet, aux critiques des psychanalystes adressées aux comportementalistes, il faut ajouter celles formulées par les humanistes, les phénoménologues, les cognitivistes ou encore celles de Noam Chomsky (qui fut d’ailleurs pour beaucoup dans le dépassement du comportementalisme par le cognitivisme). On se contentera donc de mentionner les critiques formulées par les psychanalystes et les cognitivistes.

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  • Les critiques issues de la psychanalyse

Les psychanalystes ont reproché aux comportementalistes – et notamment aux thérapies comportementales – d’avoir oublié l’inconscient. Réduisant la réalité humaine à ce qui apparaît à un observatuer extérieur, ils ne rendraient pas compte des véritables causes de nos choix. Pour les psychanalystes, le comportementalisme ne voit que la partie émergée de l’iceberg que constitue "l’âme" humaine. Ferenzy déclaraît ainsi en 1927 (lettre du 9 Janvier) : "Sans le moindre sens de l’historicité, […] Watson croit à l’aide d’expériences simplistes, pratiquées sur des animaux, des nouveau-nés et des enfants, avoir résolu, sur le plan théorique, tout le problème du psychisme […] la seule chose scientifique c’est l’observation du comportement […] il réduit les processus psychiques les plus complexes à la plus extrême simplicité, sous forme de réflexes conditionnés […] la métapsychologie de Freud est [pour Watson] un expédient en attendant que ces messieurs les psychologues et béhavioristes terminent leur travail […] J’ai dit que j’enverrais peut-être en traitement chez Watson des souris blanches et des lapins, mais pas des êtres humains vivants. "

Les psychanalystes (mais avec eux également d’autres courants de pensée) ont accusé les comportementalistes de véhiculer un modèle policier et inhumain des sociétés humaines. Les textes utopistes de Skinner ont ainsi été vivement critiqués. Ils décriraient une humanité sécuritaire, entièrement asservie à un idéal scientiste. Le roman d’anticipation d’Aldous Huxley, Brave New World, dénonce ainsi les conséquences que pourraient avoir une application à l’échelle de la société des concepts développés par Watson.  

Une série d’article du site "Le point de capiton" reviennent plus en détail sur les critiques que les psychanalystes adressent au comportementalistes. A voir également, l’article d’Olivier d’Ouville disponible sur Cairn. L’auteur revient sur les livres de Watson (Le Behaviorisme) et de Skinner (Walden 2). Il critique la dimension policière du projet comportementaliste. Cette dimension est notamment perceptible, selon lui, dans la vision qu’ont les deux auteurs d’une société utopique organisée scientifiquement.

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  • Le dépassement cognitiviste

Les cognitivistes n’ont pas adressé les mêmes critiques au comportementalisme que les psychanalystes. Ils ont plutôt cherché à s’inscrire dans l’héritage comportementaliste en le dépassant. Ils sont notamment revenus sur le postulat de la "boîte noire" jugé trop restrictif. En effet, pour les comportementalistes, il convient de s’en tenir aux comportements observables sans chercher à rendre compte du fonctionnement psychique des individus. Or, pour les cognitivistes, ce postulat ne permet pas de rendre compte des phénomènes d’une manière satisfaisante. Pour eux, on ne peut comprendre le passage du stimulus à la réponse sans formuler des hypothèses sur ce qui se passe dans la "boîte noire".

Pour un relevé plus exhaustif des critiques formulées à l’égard du comportementalisme, voir l’article suivant. Il s’agit d’un cours et les idées sont mentionnées mais pas toujours développées.

"La boite de Skinner" : expériences sur la motivation et les apprentissages.

Après la découverte du conditionnement opérant  comme modèle de l’apprentissage, des expériences ont été menées pour tenter de mettre en lumière le rôle de la motivation sur l’apprentissage.

Le document suivant date de 1948 et a été réalisé à l’université de Yale (Institute of Human Relations). Il est en anglais non-sous-titré (comme  de nombreux documents de ce genre malheureusement). L’expérimentateur décrit une série d’expériences menées à partir de la "boite de Skinner".

1. Dans la première expérience, on distingue deux rats : l’un a mangé et l’autre a faim. Le rat affamé sera plus actif dans la boite et découvrira plus vite comment accéder à la nourriture. Dans l’autre cage, le rat qui a déjà mangé ne fait rien.

2. On passe alors  à la deuxième partie de l’expérience. On envoie des décharges électriques sur le rat, qui se met à faire des bonds partout et découvre qu’en appuyant sur le levier il arrête les chocs électrique (il y aurait beaucoup à dire sur le sadisme des expérimentateurs mais cela nous ferait dévier de notre sujet). Cette fois, le rat apprend beaucoup plus vite car il est motivé.

3. Nouvelle expérience: on apprend au petit rat à tourner une roue pour arrêter les chocs électriques (elle est assez semblable à la 2).

4. Même décor, mêmes acteurs: à présent, le rat doit mordre  un petit tuyau pour arrêter l’électricité. L’idée est de montrer que l’on peut apprendre une grande quantité de choses au rat dès qu’on parvient à le motiver.

5. Dernier cas, cette fois l’expérimentateur va induire une réponse sociale. Il apprend aux rats, enfermés dans la même cage, a se battre pour  faire cesser les chocs électriques. 

Le comportementalisme ou behaviorisme : auteurs, concepts et applications

Le comportementalisme ou behaviorisme a marqué l’histoire de la psychologie du XXe siècle. Critiquée voire décriée, cette discipline n’en reste pas moins l’inspiratrice des thérapies cognitivo-comportementales tant utilisées de nos jours. Il nous semble donc intéressant de revenir, à travers cette série d’articles, sur les principaux concepts et les figures marquantes de cette discipline.

Bonne lecture à tous.   

 

 

 

I. Figures historiques du behaviorisme.

Pour commencer ce tour d’horizon du behaviorisme, nous avons choisi de vous présenter trois de ses plus célèbres représentants (un article sur Pavlov est également en gestation mais n’est pas disponible pour le moment). 

  1. Présentation de J.B.Watson.
  2. B.F.Skinner, penseur du conditionnement opérant .
  3. ALbert Ellis, le père des thérapies comportementales .
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II. Un fondement du behaviorisme : le condionnement.

Le concept de conditionnement est au coeur des théories comportementales. Il constitue un modèle de description des rapports de l’individu à son environnement.

  1. Conditionnement classique et conditionnement opérant.
  2. Motivation et apprentisssage. Les expériences de 1948 .
  3. Description parodique des expériences de Watson .

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III. Applications du behaviorisme.

Au-delà de ces études théoriques, le comportementalisme a été appliqué de manière plus concrète au travail thérapeutique et pédagogique. Nous présentons trois exemples de ces applications.  

  1. L’étude des phobies: le cas du petit Albert.
  2. B.F. Skinner et la machine à enseigner.
  3. La thérapie comportementale rationnelle-émotive.

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IV. Débats sur le comportementalisme.

Le comportementalisme a soulevé de nombreuses critiques. Nous présentons d’une part une défense du behaviorisme et d’autre part un résumé des critiques dont il a fait l’objet.

 

  1. Défense philosophique du comportementalisme .
  2. Critiques du comportementalisme .

 

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V. Le behaviorisme : réflexions et perspectives.

 

Présentation de John Broadus Watson

John Broadus Watson (né en 1878 et mort en 1958) est un des principaux représentant du comportementalisme. Il a  notamment créé l’école psychologique de Behaviorisme.

 

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Watson, enfant précoce, entra à l’université à l’âge de 16 ans et obtint sa maîtrise à l’âge de 21 ans. A l’Université de Chicago, il étudia la philosophie de John Dewey, qu’il dit n’avoir jamais réellement comprise. Par la suite, il étudia la physiologie du cerveau du chien avec Jacques Loeb, un des biologistes américains les plus célèbres de l’époque. Pour Jacques Loeb, la vie et le comportement des organismes vivants pouvaient être entièrement expliqués par la chimie et la physique sans avoir recours au concept de " force vitale ". Il enseignait que les comportements étaient dictés par l’instinct et représentaient des réponses à des stimuli extérieurs, idées qui influençèrent durablement J.Watson.

Loeb et Watson mirent en place une méthode de description des comportements humains la plus objective possible. Ils nommèrent cette méthode "behaviorisme". Le behaviorisme de Watson est généralement perçu comme l’héritier direct de l’empirisme de John Locke. Toutefois, Watson préférait inscire ses recherches dans l’histoire de la physiologie expériementale, marquée notamment par les études sur les réflexes publiées par Sechenov et Bekhterev à la fin du XIXe siècle. Watson s’intéressa d’ailleurs également aux travaux d’I.Pavlov dont il donna une description simplifiée dans ses ouvrages de vulgarisation.

En 1913, Watson publie ce qui peut être considéré comme son article le plus important, "Psychology as the Behaviorist views it", véritable manifeste du comportementalisme. Dans cet article, Watson expose les principaux fondements du comportementalisme.  Il convient notamment de relever l’absence de références à toute cause non observable d’un comportement. Pour Watson, il convenait de se centrer sur l’étude des comportements observables et objectivables et non sur les états internes ou mentaux des sujets.

L’article sur le cas Albert  constitue certainement la plus célèbre étude réalisée par J.B.Watson. Elle a ouvert la voie à une interprétation comportementale des phobies mais est également très critiquée pour son manque d’éthique (voir article à ce sujet).

 

 

 Documents sur J.B.Watson:
A ma connaissance, il n’existe pratiquement aucun site en français traitant de Watson. Il faut donc une nouvelle fois se rabattre sur les documents en anglais:

-"Psychology as behavior view it" (article de 1913 en version intégrale)
- Condtioned emotional reactions (article original sur le cas Albert)
- Un site sur J.B.Watson

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