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Archives de Tag: Binswanger
Portrait de Ludwig Binswanger (vidéo)
Dans cette conférence, François de Gandt réalise le portrait de Ludwig Binswanger. Je ne saurais que trop recommander cette présentation à tout ce qui s’intéressent de près ou de loin au phénoménologue. Le propos est clair, le ton pédagogique et léger (et je sais que ce n’est pas toujours le cas dans les vidéos de la vidéothèque de Paradoxa, il était donc important de le souligner..).
François de Gandt parle d’abord de la famille de Binswanger et de la clinique Bellevue, appartenant à la famille de Binswanger et dans laquelle ce dernier a travaillé. Il revient ensuite, et je dois dire que c’est ce point qui m’a particulièrement intéressé, sur les rapports de Binswanger aux théories de son époque. Il évoque l’influence d’Husserl puis celle de Heidegger (marquée notamment par une certaine fascination pour la notion de Dasein) ainsi que les relations de Biswanger à Freud et à Jung. La dernière partie de la conférence porte sur des conseils de lecture (difficile question tant l’oeuvre de Binswanger est disemblable et disparate).
A lire également sur ce sujet : Daseinanalyse et phénoménologie. Lire la suite
Publié dans - Psychanalyse, Vidéothèque
Tagué Binswanger, biographie, phénoménologie, phénoménologue
Daseinanalyse et phénoménologie

Il est important de comprendre les ancrages philosophiques de la daseinsanalyse car cette pratique est d’abord – historiquement et logiquement – une transposition de la phénoménologie. Binswanger a cherché à déplacer (et de ce fait même à infléchir) la réflexion phénoménologique, en particulier celle de Husserl puis d’Heidegger, dans le champ psychiatrique.
I L’influence de Husserl
A/ Présentation
La phénoménologie est considérée par nombre de commentateurs comme le plus important courant philosophique du XXe siècle, d’aucun lisent même son histoire au cours des cents dernières années comme la relecture et le commentaire de l’œuvre d’Husserl.
Le père de la phénoménologie a vécu en Autriche, il est notamment célèbre pour ses Recherches logiques et sa Leçon pour une phénoménologie de la conscience intime du temps.
La question au fondement de la phénoménologie est la suivante : comment penser la perception ? Pour Husserl je suis encré dans les choses je ne perçois que ma perception loin d’être immédiate, repose sur un grand nombre d’a priori. Une double question se pose alors : Comment percevoir autrement – comment dépasser cette attitude spontanée et percevoir la chose telle qu’elle est phénoménalement, non telle que nous croyons la connaître ? Ensuite, quels sont les processus qui structurent ma perception ?
Pour répondre à ces questions, Husserl utilise une méthode : la réduction.
B/ La réduction eidétique
La réduction eidétique doit permettre de retrouver l’essence du phénomène. Elle se divise en deux étapes :- L’épochè consiste à mettre entre parenthèse ses conceptions sur le monde – et sur l’existence même du monde. Cette attitude est à rapprocher du doute méthodique de Descartes sauf qu’ici il s’agit d’une suspension du jugement.
- La variation eidétique consiste à faire varier toutes les perspectives que l’on peut porter sur un phénomène et ainsi d’en déduire une constante : l’essence du phénomène.
C/ La réduction transcendantale
La réduction transcendantale permet de dé-couvrir les structures a-priori de ma perception. Je me regarde en train de regarder et ce retour sur moi-même et ma perception me permet de comprendre les structures de ma perception.Le problème de la phénoménologie husserlienne est qu’elle est centrée sur le sujet. Je fais apparaître le phénomène. La chaise que je perçois ne me préexiste pas comme étant, elle m’apparaît en tant que phénomène de ce fait qu’elle est « éclairée », perçue par une conscience qui la fait advenir. Mais dans ce cas, qu’en est-il de l’homme ? Peut-on dire qu’autrui ne m’apparaît qu’en tant que je le perçois.
Cette question est reprise par Heidegger dans Sein und Zeit, publié en 1927.
II. L’influence de Martin Heidegger
Heidegger, élève de E.Husserl, se place dans la continuation et le dépassement de l’œuvre de son maître. Sa réflexion marque une inflexion très profonde de la phénoménologie.
Tout d’abord, l’homme est défini comme un existant. L’homme ek-siste il est posé (sistere) hors (ek) de lui-même, en devant de lui, tout près des choses. L’homme est donc un phénomène différent des autres phénomènes dont il convient d’étudier la spécificité.
Tout d’abord, l’homme est un Dasein – comme l’ensemble des phénomènes – il est toujours-déjà-là. En effet, je suis avant de me penser être, j’ai été avant de penser, ma pensée ne me fait pas advenir à l’être.
Mais l’existant-homme diffère des autres Dasein (des autres phénomènes) pour deux raisons :
- Tout d’abord l’homme se comprend (verstehen), il peut faire retour sur lui-même et se regarder en train d’agir.
- Ensuite, il peut se pro-jeter, se jeter au devant de lui-même, il s’imagine être ceci ou cela, il n’est pas figé dans le réel mais peut – et ne cesse d’- envisager le possible. Comme l’écrit Sartre dans L’Être et le Néant, « je suis ce que je ne suis pas et je ne suis pas ce que je suis ».
III. Inscription de l’œuvre de Binswanger dans l’Histoire de la phénoménologie.
De même qu’on dit des pièces d’un meuble qu’elles jouent, il y a du jeu entre les pensées de Husserl et de Heidegger, elles ne sont pas strictement superposables. C’est dans l’espace qui sépare l’œuvre des deux hommes que travaille Binswanger, qui déplace cet écart, ce creux dans un domaine autre : celui de la psychiatrie et, plus généralement de la psychologie.
Pour Binswanger les classifications nosographiques psychiatriques réifient l’individu, elles en font un être figé, reprenant la pensée d’Heidegger, on peut dire qu’elles nient sa capacité à exister, à se déprendre de lui-même.
Ensuite la psychanalyse comme la psychiatrie utilisent un appareil théorique fort. Pour Bsnwanger, elles ne s’interrogent pas sur la place à partir de laquelle elles parlent. Binswanger préconise, comme Husserl, l’épochè, la suspension de ses propres connaissances pour appréhender tout phénomène.
Binswanger va aussi définir les différentes maladies comme autant de modalités d’existence. Il utilise alors le terme husserlien d’idéal type, chaque maladie, loin d’être une entité figée, est une manière d’être au monde. Le psychologue doit de ce fait – comme Heidegger dans sa phénoménologie – étudier la façon qu’à le sujet de s’inscrire dans un temps et dans un espace qu’il perçoit d’une manière qui lui est propre.
Vincent Joly
Publié dans Psyché
Tagué Binswanger, daseinanalyse, Heidegger, Husserl, phénoménologie, psychanalyse
