Freudaines, Chroniques de La Quinzaine, Roger Gentis -par Jean-Luc Vannier


Freudaines, Chroniques de La Quinzaine, Roger Gentis, Eres, 2010.

 

Compte rendu d’un ouvrage qui rend lui-même compte de publications analytiques. Troublantes perspectives en abyme. Kaléidoscope d’associations libres. Régression infinie du commentaire. Transfert dans le transfert en quelque sorte. Utile précaution pour aborder dans la Collection « Des Travaux et des Jours » des Editions Eres ces « Freudaines », recueil d’articles signés Roger Gentis, psychiatre engagé comme on le dit de l’intellectuel depuis Zola. Pendant près de vingt années, ce psychanalyste farouche partisan de la psychothérapie institutionnelle fondée par François Tosquelles a lu, décortiqué, critiqué pour La Quinzaine Littéraire, les nouvelles parutions des champs freudien et lacanien. Ces fiches de lecture possèdent l’avantage de leur inconvénient : elles informent les spécialistes comme les néophytes de l’existence d’ouvrages rédigés dans un passé récent, en résument les principales idées et ouvrent des pistes de réflexion. Loin d’être exhaustives en la matière, laissant parfois le lecteur sur sa faim, ces « Chroniques de La Quinzaine » n’en constituent pas moins, avec le recul et dans l’après coup, un outil indispensable pour comprendre les grands courants, parfois contradictoires, qui ont traversé la psychanalyse française et étrangère. Point de parti pris de l’auteur à condition de savoir lire entre les lignes. Exemple de son indépendance : formé à l’Ecole de Jacques Lacan, Roger Gentis n’en rapporte pas moins, à propos de « Filiations » de Wladimir Granoff, le « plaisir d’apprendre qu’un analyste peut frayer avec bonheur hors du sillon lacanien et nous captiver des soirées entières ! ».

Parmi les articles qui méritent une mention particulière, on signalera notamment les entretiens réalisés par l’auteur : en témoignent celui avec Didier Anzieu sur « l’analyse transitionnelle » de même que l’intéressante transcription de sa conversation avec Judith Dupont, Pierre Sabourin et Bernard This, les « traducteurs de Ferenczi » lors de la parution du tome IV de ses « œuvres psychanalytiques » chez Payot. Celles-ci rappellent, ainsi que d’autres fiches de lecture parmi les plus fournies qui concernent l’analyste hongrois, la dette non assumée par la psychanalyse contemporaine, y compris lacanienne, à l’égard des théorisations et des concepts d’un des derniers dauphins de Freud. Toutefois, l’un des chapitres les plus instructifs provient de la rencontre du chroniqueur avec Philippe Julien sur « L’après-Lacan, une ère nouvelle » : ce dernier explique avec force détails exégétiques les raisons pour lesquelles le « septième Séminaire » de Lacan doit être perçu comme un « tournant capital » dans l’œuvre du créateur de la « passe ».

Au fil des pages, le lecteur pourra ainsi découvrir plus d’un livre passé à la trappe de sa flottante attention. Il en va ainsi de « Ma vie, ma folie » de Julien Bigras : autobiographie exhibitionniste ou roman aux dimensions psychologiques? Peu importe, rappelle Roger Gentis : « l’histoire n’existe que dans l’écriture qui la fait advenir ». L’histoire de la psychanalyse n’est justement pas absente de ses centres d’intérêt : deux chroniques sont consacrées aux phénomènes télépathiques ou « transfert de pensée » et à l’approche ambiguë de Freud qui devait à la fois promouvoir scientifiquement la « Cause » mais aussi satisfaire sa pulsion de conquérant qui exigeait d’en explorer les tréfonds. De nombreuses autres contributions portent sur les périodes sombres, d’Hitler et de « l’aryanisation de la psychanalyse » aux attitudes et positionnements des analystes pendant la seconde guerre mondiale. Sans oublier le passionnant séminaire de Tbilissi en 1979 où Soviétiques et Occidentaux « s’y confrontaient sur le problème de l’inconscient ».

En mêlant l’acuité d’un regard clinicien et la fermeté de convictions politiques, ces « Freudaines », explique dans une postface le fondateur de la revue Maurice Nadeau qui fêtera ses cent ans le 21 mai prochain (voir le bel article qui lui est consacré « Bon anniversaire, M. Nadeau » publié dans Le Monde Des Livres du 1er avril 2011), visent à « renverser les colonnes du temple ». Elles collent à la volonté exprimée par Roger Gentis de ne jamais permettre la subordination de la psychanalyse à toutes les tentations de dérive qui la guettent dans son libre cheminement.

Dans la même collection et du même auteur, notons la sortie simultanée de « La psychiatrie, ça sert à quoi au juste ?, Chroniques de La Quinzaine ».

Nice, le 6 avril 2011

Jean-Luc Vannier

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Une réponse à “Freudaines, Chroniques de La Quinzaine, Roger Gentis -par Jean-Luc Vannier

  1. Marianne Antonis

    Bonjour Mr. Jean- Luc Vannier,
    Vous concluez ainsi, je soulève donc : –  » Elles collent à la volonté exprimée par Roger Gentis de ne jamais permettre la subordination de la psychanalyse à toutes les tentations de dérive qui la guettet dans son libre cheminement.
    J’entens s’exclamer Freud : »La psychanalyse c’est comme le dieu de l’ancien testament, elle n’admet pas d’autres dieu’ Que faut-il entendre par ces « tentations » qui guettent la psychanalyse ? Qu’entendre par libre cheminement ? Veuillez m’excuser, je lis vos écrits et aimerais aussi pouvoir écrire. Malheureusement je souffre d’une poluarthrite évolutive et dois m’épargner. C’est pourquoi je me permets de vous envoyer des vidéo’s. pour écouter et entendre ce que je suppose comprendre lorsque certains psychanalystes se sentent guettés et ressentent comme entrave à leur libre cheminement. Je vous remercie de votre bonne attention. J’aurai parcourru de longs chemins en psychiatrie depuis la fin de mes études en 1968 , chemin toujours en chantier « Perdrions-nous connaissance »
    http://www.franceculture.com/emission-hors-champs-lionel-naccache-2010-11-01.html
    Hors Champs
    Laure Adler reçoit Lionel Naccache 45 minutes

    Thème information débats
    Neurologue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, à Paris, et chercheur en neurosciences cognitives au Centre de recherche de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière, Lionel Naccache vient de publier « Perdons-nous connaissance ? De la mythologie à la neurologie »

    Entretien en version longue

    http://www.franceculture.com/emission-d-autres-regards-sur-l-actualit%C3%A9-le-neurologue-et-chercheur-lionel-naccache-2010-04-02.html

    nous croyons ce que nous pensons
    la neuro nous investissons de nouvelles connaissances ; – c’est incroyable !
    dès que ns prenons cse immédiatement ns attribuons une interprétation le phénomène est là

    Cordialement. Marianne Antonis

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